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Mai - août 1789

14. 1. 2013

Des Etas généraux à la Constituante par Henri Guillemin

Le mouvement de 1789 :

Le 18eme siècle a vu l’apparition d’une nouvelle classe (la nouvelle noblesse) de financiers, d’industriels et de banquiers qui veut prendre les leviers du pouvoir réservé au roi (et à une patrie de la noblesse traditionnelle).

Barnave, avocat au parlement de Grenoble, très actif avec l’avocat Mounier après la journée des Tuiles pour plaider la réunion des trois ordres, élu du Tiers aux Etats généraux, résumera la situation: « une nouvelle distribution de la richesse entraîne une nouvelle distribution du pouvoir ». (Marx – Engels donneront une forme théorique à cette revendication : l'infrastructure (l’économie) détermine la superstructure (politique).)

Pour prendre le pouvoir, cette classe des banquiers (on les appellent aujourd’hui les Banksters) s’est évertué à affaiblir le pouvoir royal en acculant le gouvernement à la banqueroute. Cette banqueroute est essentiellement le résultat d’un refus de nouveaux financements directs (la guerre en Amériques coûte chère – Ce sont les financiers suisses, Necker, qui viendront au secours du roi de France), refus de lever de nouveaux impôts (révolte des parlements), refus de financer la vie économique du pays qui débouche sur une crise économique et une baisse du rendements des impôts déjà existants.

Cette classe va s’allier « objectivement » le prolétariat en spéculant à la hausse sur le prix du pain, en rendant leurs conditions de vie de plus en plus misérables et, dans le même temps, en accusant le roi d’âtre responsable de la situation. Un travailleur touche environ 20 sols par jour (il y a environ 320 journées travaillées dans l’année) quand une miche de pain (1kg) coûte 10 sols ! Le prix du pain atteindra son niveau le plus au (14 sols) paroxysme le 14 juillet 1789 ! Ce prix du pain a été libéralisé par Turgot en 1774 et débouche sur « guerre des farines. » Soudain le peuple s’est senti trahi par le roi dont une des fonctions est de veiller à la sécurité de ses sujets et à leur approvisionnement en denrées.

Toute l’année 1788 – comme l’ensemble du siècle - connaît des révoltes de la faim à travers le royaume. Ces révoltes prennent le plus souvent la forme de refus de payer l’impôt au seigneur : « ces redevances peu dignes du siècle » (Cahier de doléances d’Aigney) Les paysans sont soumis à une transformations des modes de production agricoles qui tendent à devenir plus intensives. Le remembrement et la clôture des domaines leur font perdre leur maigres droit, dont celui de « vaine –pâture. » sur les domaines communaux.  « Toutes ces actions populaires se dressent donc à l’encontre d’une évolution qui est seigneuriale par la forme et capitaliste par le contenu »

(E. Leroy Ladurie. Révoltes et contestations rurales en France de 1675 à 1788 - http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1974_num_29_1_293451?_Prescripts_Search_tabs1=standard&)

La nouvelle noblesse va donc lancer le prolétariat contre le roi !

Les états généraux se réunissent le 5 mai dans la salle des Menus Plaisirs près du palais Versailles. Le roi avait accepté le doublement du Tiers. Mais restait encore en suspend le problème de la délibération en commun des trois ordres. Pendant plus d’un mois, on discute en vain, la noblesse s’y refusant.

Le premier acte révolutionnaire

Le 17 juin 1789 le Tiers passe à l’action et déclarent qu’à eux seuls ils suffisent à former l’Assemblée nationale et font acte de souveraineté en matière d’impot.. Le Clergé décide alors de se réunir au Tiers.

Le roi doit réagir. Il fait fermer la salle, empêchant à l’Assemblée de se réunir. Les députés vont donc se rassembler dans une salle proche, celle du Jeu de paume  et prête serment de « ne jamais se séparer et à se rassembler partout où les circonstances l’exigeraient, jusqu’à ce que la Constitution du royaume fût établie et affermie sur des fondements solide. » Bailly est le premier à prêter serment (futur maire de Paris, Bailly fera proclamé la loi martiale en juin 1791 et ordonnera à la Garde Nationale de tirer sur la foule lors de la fusillade du Champ de Mars en juillet 1791. Il sera décapité le 12 novembre 1793.)

Le serment du Jeu de paume

Le 23 juin, le roi tente des réformes mais veut casser le décret du 17 juin et ordonne aux députés de se séparer. Mirabeau répond au marquis de Dreux-Brézé « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et que nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes ! »

Le 27 juin le roi capitule et ordonne aux Clergé et à la Noblesse de se joindre au Tiers. L’Assemblée prend le nom de Constituante.

Henri Guillemin raconte « Et par conséquent ces notables, c'est-à-dire la richesse mobilière, ont l'impression qu'ils ont gagné.

Quand brusquement, le 12 juillet 1789, le roi fait marche arrière, renvoie Necker qui était au pouvoir et, étant financier lui-même, favorisait les financiers.

Le roi renvoie Necker et met à la place un gouvernement que nous appellerons d'extrême droite, avec Breteuil.

Situation dramatique. Cette fois la bourgeoisie parisienne, la grosse bourgeoisie, la bourgeoisie d'affaires parisienne, décide de se lancer — pas elle-même, bien entendu — mais de lancer le peuple contre la Bastille qui était le symbole même de l'autocratie.

On va armer le peuple. C'est très redoutable hein, et c'est dans la journée du 13 juillet 1789 qu'on va ouvrir les Invalides, où il y avait 30 000 fusils, des canons, de la poudre, et on va distribuer des armes aux pauvres gens.

On notera par exemple que deux Suisses, très importants, le banquier Pergaud et un autre banquier Genevois qui s'appelle Delessert, (Pergaud c'est un Neuchâtelois) sont là parmi les gens les plus incandescents, qui ont ramassé des fusils et qui les distribuent aux gens qui passent devant chez eux.

Vous avez Boscari qui est un agent de change et un futur membre de l'assemblée législative, agent de change, qui lui aussi ne va pas se battre, c'est pas convenable, mais distribue des fusils.

Alors ça y est le 14 juillet, le roi a reculé, on a rappelé Necker, on a gagné !

Attention ! On a gagné avec un grand risque : on a armé la plèbe.

Qu'est-ce qu'elle va faire de ces fusils ?

Alors, il faut lui reprendre ces fusils. Et on a trouvé un truc admirable, en effet qui va réussir tout de suite.

On avait distribué gratuitement ces fusils à la petite plèbe. On va les lui racheter pour 40 sous.

Alors la plupart des fusils reviennent. Vous comprenez, les gens qui avaient touché un fusil pour rien, on leur dit si vous rendez le fusil, vous avez 40 sous, ils rendent leur fusil.

Aux trois armées comme on a peur que ça leur ait donné des mauvaises idées, on va constituer tout de suite, dès le 15 juillet, ce qu'on appelle d'abord une MILICE BOURGEOISE.

Puis le mot parait tout de même trop nu, on appellera ça une GARDE NATIONALE. La garde nationale sera une armée supplétive pour faire tenir tranquille les pauvres.

Et cette garde nationale se crée à Paris, et se crée aussi en province.  »

http://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:%C3%89tude_des_conf%C3%A9rences_d%27Henri_Guillemin#cite_note-1

Le 17 juillet, le roi se rend à l’Hôtel de Ville de Paris. Il est accueilli par Bailly et La Fayette qui lui remet la nouvelle cocarde « bleu, blanc, rouge »

La grande peur et l’abolition des privilèges

Mais ces événements parisiens n’ont pas calmé l’agitation et les révoltes qui agitent les campagnes depuis 1788. Les problèmes n’ont pas été réglés. Les paysans affamés pillaient les convois de blés, arrachaient les clôtures, refusaient de payer les impôts féodaux, parfois brûlaient les châteaux. Des troupes de brigands terrorisaient la population, des rumeurs affirmaient que les troupes étrangères allaient dissoudre l’Assemblée et envahir le pays. Au moindre indice (un coup de feu, la poussière levée par le passage d’un troupeau…) le peuple pris de panique s’armait, s’enfuyait, donnait l’assaut au château.

La constituante s’affole devant cet état de chaos qui règne sur le pays et s’effraye à la pensée que les pauvres pourraient s’en prendre aux riches, sans distinction de classe. Pour calmer le pays, les députés décident dans la nuit du 4 août 1789 d’abolir les privilèges, la vénalités des offices et proclame l’admissibilité de tous à tous les emplois. (Alexis de Toqueville remarquera que le droit de propriété est le seul privilège qui n’a pas été aboli !)

La nuit du 4 août : l'abolition des privilèges

 

Le 26 août l’Assemblée vota la Déclaration des Droits de l’Homme et traça les grandes lignes de la Constitution.

Henri Guillemin raconte :

« Maintenant, on va faire une constitution.

On a annoncé que tous les Français devenaient des citoyens.

Mais l'abbé Sieyès fait admettre une constitution qui divise les français en deux classes.

Il y a ceux qui payent des impôts et ceux qui n'en payent pas.

On appellera tout le monde citoyen, pour rire, mais il y aura les citoyens actifs et les citoyens passifs.

C'est un chef d'œuvre d'humour noir d'appeler citoyen passif, puisque le passif c'est celui qui n'a pas le droit de vote !

Alors en somme il n'y a que les possédants ou les demi-possédants, ceux qui ont un petit peu d'argent, qui auront le droit de vote.

C'est ça, "la constitution". »

« Robespierre va parler d'hypocrisie — vous m'entendez : d'hypocrisie— à propos de la déclaration des droits de l'Homme.

Pourquoi donc ? La déclaration des droits de l'Homme votée à l'unanimité avait pour article principal, vous le savez ça, c'est assez souvent cité :

"Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit".

C'était la grande phrase de la déclaration des droits de l'Homme.

"Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit".

Alors Robespierre dit : Nous avons tous voté ça, mais quelle application en faites-vous ?

L'égalité ? Je ne la vois pas, l'égalité !

Ces hommes qui sont tous égaux, alors pourquoi avez-vous distingué les français en deux groupes : les citoyens actifs et les citoyens passifs, d'après leur argent.

Ils sont tous libres ? Il y a aussi des citoyens noirs parce que la France avait encore à ce moment-là quelques colonies, surtout dans les Antilles.

Il avait demandé l'abolition de l'esclavage.

Le lobby colonial qui était extrêmement puissant à la constituante avec La Fayette, entre autres, qui s'était absolument opposé, la constituante avait maintenu l'esclavage.

Et Robespierre disait : Hypocrisie de dire que tous les hommes... puisque les hommes noirs vous voulez les laisser en esclavage.

Et puis il y a d'autres esclaves, qui sont pas noirs, qui sont blancs, ce sont ces ouvriers auxquels vous interdisez de se coaliser pour défendre leur salaire. »

«C’est la loi Le Chapelier de 1791 : à savoir interdiction est faite, sous peine de prison, aux ouvriers - aux salariés comme on disait déjà - de se coaliser, pour je cite, pour enchérir leur travail.

Défense de se coaliser pour enchérir leur travail, c'est-à-dire : interdiction est faite aux salariés, aux prolétaires, de défendre leurs intérêts. »

http://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:%C3%89tude_des_conf%C3%A9rences_d%27Henri_Guillemin#cite_note-1