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La Gaule de César

- Nos ancêtres :  celtes ou gaulois ?

- Le problème de la localisation d'Alésia et de la construction du mythe de l'identité française...Vidéos : César Exagère, 2003 / Public Sénat : débat

- Les cartes : - 50 : la Gaule de César, +/- 1500 : la France de Charles VIII et de Robert Gaguin

- Repères chronologiques de la conquête

- Vidéo : César le conquérant de la Gaule

- Raymond Queneau. Morale élémentaire. Falaise indécise...

- Sources, bibliographie et sitographie, 25 archéologues répondent aux défenseurs de « l’Alésia » du Jura

 

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 Abraracourcix et Astérix en cure thermale dans la région de Gergovie

 

Nos ancêtres :  celtes ou gaulois ?

Ce que nous appelons aujourd’hui « les Gaulois », faisait partie d’un ensemble « celte » beaucoup plus étendu. Ces peuples étaient répartis sur un territoire divisé en « tribus », possédant des langues et une organisation sociale très similaires. Les « Germains » ne sont en fait que les celtes à l’est du Rhin (en latin, « germain » signifie « du même sang (du même père) », on parle encore aujourd’hui en français du « cousin germain ».)

Les Gaulois s’appelaient eux-mêmes « Celtes », ce sont les Grecs qui les désignaient sous le terme de « Galates » (une « tribu » celte, composée de trois peuples, installée en Asie mineure, la Galatie), repris en latin sous la forme « gallus/galli ».

L’aire d’influence et d’implantation des Celtes est donc très étendue. Réputés pour leur cavalerie, ils seront engagés comme mercenaires à Syracuse, à Carthage ou encore dans l’armée d’Alexandre le Grand. Depuis le sac de Rome en - 390, symbolisé par l’anecdote des oies du Capitole, les guerriers gaulois inspirent aux Romains une peur panique.

La société gauloise connaît une organisation fondée sur une tripartition fonctionnelle typique mise en lumière par Georges Dumézil grâce à ses études linguistiques sur la civilisation des Indo-Européens. La société gauloise se structurait autour de trois classes : le clergé (les druides), la noblesse des chevaliers (réunies en assemblée), le peuple (non représenté).

Au contraire, dans la République de Rome (fondée en –509 par la révolte engendrée par le suicide de Lucrèce et la condamnation à l’exil du roi Tarquin le superbe, dernier roi Etrusque) toutes les classes, noblesse – Chevaliers – Plèbe, se réunissent en assemblées, et tous les citoyens sont susceptibles d’être élus à une fonction de la magistrature et d’intégrer la classe de la noblesse de robe.

Il reste très peu de traces écrites de la civilisation gauloise. Les savoirs se transmettaient oralement. On trouve néanmoins quelques inscriptions funéraires en alphabet grec, sous l’influence de Marseille, une colonie grecque fondée vers -600. Les sources historiques sont donc essentiellement archéologiques ou d’origine gréco-latine.

Forçant les géographes de l’époque à revoir leur copie, c’est en fait Jules César qui donne la définition actuelle de la Gaule dans son livre "La Guerre des Gaules".

Réputée avoir été écrite à Bibracte dans le Morvan, à l’endroit même où le Vercingétorix, fils du roi Averne Celtillo, avait été désigné Général de toutes les armées par les nobles gaulois réunis en assemblée.

On retrouve dans cette ''réputation", de l'endroit où César aurait rédigé le mythe officiel de l'histoire de sa victoire, une symbolique comparable à celle qui accompagne les signatures en 1918 et 1940 des armistices entre la France et l'Allemagne dans le wagon de Compiègne (dans l’Oise, au nord est de Paris.)

Avant l’unification de Jules César, il n’existait pas d’unité gauloise, mais des confédérations de « tribus. » On dénombre environ 200 tribus gauloises, qui pouvaient entrer en conflit les unes avec les autres. Elles n’hésitaient pas à se livrer une guerre sans merci et à se réduire les unes les autres en esclavage. Eventuellement, elles pouvaient conclure des alliances avec d’autres « tribus » ou même avec le consul de la Gaule Narbonaise, Jules César.

 

Cette définition d'une Gaule unifiée sous le pouvoir de César et distincte de la Germanie ne va pas de soi. Comme narrative du pouvoir, elle relève forcément de la construction mythologique. C'est dans ce cadre qu'intervient le problème de la localisation d'Alésia, théâtre de la reddition du Vercingétorix.

 

Alésia : le problème de la localisation

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source: https://www.alesiajura.fr/histoire.html#img_544

le 27 novembre 1998 est paru au Journal Officiel un arrêté du ministère de la culture et de la communication qui raye Alise-Ste-Reine de la liste des « sites d'intérêt archéologique national » en tant que théâtre de la bataille de -52.

http://fr.soc.histoire.antique.narkive.com/uNsnWh1o/alesia-n-interesse-plus-personne-suite

 

Associassion Alésia-André Berthier

Centre d’étude et de documentation sur l’Alésia jurassienne

https://www.alesiajura.fr

Archives André Berthier relatives à sa découverte localisant Alesia à Chaux-des-Crotenay dans le Jura

http://berthier.archeojurasites.org/

 

Le film de Thierry Secretan permet d'établir la trame historique qui verra se construire le mythe. Nous proposerons, en observant les cartes, une raison pour expliquer l'impérieuse nécessité de déplacer le site d'Alesia plus à l'ouest:

 

César exagère - un film de Thierry Secretan - 2003 :

 
César exagère 1/3 by Arcadya

 


César exagère 2/3 by Arcadya

 


César exagère 3/3 by Arcadya

 

La modernité du mythe:

- 1852 : Après le coup d’Etat, Louis Napoléon Bonaparte (Napoléon III) décide de faire écrire une biographie de Jules César et se lance à la recherche d’Alésia (début de l’archéologie et de l'historicisme. Napoléon le petit, comme l’appelait Victor Hugo, décide par décret impérial de localiser la dernière bataille du Vercingétorix (titre militaire signifiant le grand général des armées) sur le site d’Alise Sainte-Reine en Côte d’or (Bourgogne).

- 1868 : inauguration du musée des antiquités nationales à Saint Germain en Laye, où sont exposés les objets découverts sur le site. Mais la liste des objets découverts en Bourgogne est très problématique. Un inventaire des pièces du musée de 1878 rédigé par l’aide de camp de Napoléon III, Eugène Stoffel, nommé pour „accélérer“ les résultats des fouilles, indique que sur les 650 objets recensés, 155 viendraient peut-être de Gergovie en Auvergne : “probablement Alise mais peut-être Gergovie“ !!

Le doute sur l'origine des objets concerne également le fameux statère d’or portant la mention Vercingétorix. Présenté d’abord à l’empereur comme un original découvert à Alise, un numismate prouva en 1962 que la pièce de monnaie, originaire de Gergovie en Auvergne, avait été achetée aux enchères quelques jours avant l’inauguration du musée.

 

L'origine du mythe:

9ème siècle – manuscrit de l’abbaye de Fleury (région d’Orléans, dans la ville de Saint Benoit sur Loire) – le plus ancien manuscrit de la „Guerre des Gaules“ de César, rapporté par les moines au 7ème siècle lors d’un voyage au Mont Cassin afin d’en ramener des reliques de Saint Benoit :

Alesiam quod est oppidum mondubiorum“

oppidum : une fortification militaire, les remparts entourant éventuellement un urbs. César décrit un Urbs protégé par un oppidum et estime la population gauloise à 80 000 (sa propre armée, l’armée de secours, un total de plus 200 000). Cet Urbs est décrit par Diodor de Sicile, un historien contemporain de César comme „la plus magnifique cité des Celtes.“

 

Les traces archéologiques sont plus nombreuses. Elles montrent que la Gaule, à la veille de la conquête romaine, est un pays d'alternances de forêts, de plaines cultivées, de bocages et de cités fortifiées, sillonnés de routes, pour certaines empierrées, donc d'un espace densément mis en valeur. L'archéologie aérienne, a montré que des milliers de fermes gauloises (nombreuses petites fermes « indigènes » mais aussi certaines villas gauloises aussi étendues que les futures villae gallo-romaines) quadrillaient le territoire. Les fouilles réalisées sur le terrain, par exemple à Bibracte, ont mis en valeur une structure urbaine complexe et élaborée.

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gaulois_%28peuples%29

 

Les Mandubiens. Mais, alors que les Celtes sont parfaitement connus et décrits par les historiens antiques, ce peuple gaulois, sur le territoire de qui le site d'Alésia serait localisé, reste plus que mystérieux et aurait totalement été éradiquer et réduit en esclavage après la victoire romaine : "Placée entre la ville et les Romains, et ne trouvant de refuge d'aucun côté, elle périt misérablement". Pour le reste des hommes et des combattants, Cesar indique dans Bellum Gallicum, Livre VII, Chap. 89 "Il met à part les prisonniers héduens et arvernes, pensant essayer de se servir d'eux pour regagner ces peuples, et il distribue les autres à l'armée entière, à titre de butin, à raison d'un par tête."

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mandubiens

On peut soupçonner la volonté des moines du 9ème siècle de chercher à passer sous silence le peuple gaulois désigné par César : les Séquanes (localisés dans le Jura, et pas en Bourgogne actuelle, occupée alors par les Eduens.) 

Il faudra attendre une nouvelle traduction de la "guerre des Gaules" en 1485, pour que les Mandubiens réapparaissent, soudainement localisés en Bourgogne par le moine Robert Gaguin.

"C’est en effet sur La Guerre des Gaules, traduite en 1485 par Robert Gaguin, que s’est fondée la pensée géographique nationale. En latin, Gaguin utilise indifféremment Gallia et Francia, Gallus et Francus pour affirmer la continuité, qui lui paraît essentielle, entre la Gaule et la France de son temps."

D. Nordman, Frontières de France : de l’espace au territoire, xvie-xixe siècle, Paris, Gallimard, 1998, p. 46-48. M. Pastoureau, « Entre Gaule et France, la “Gallia” », dans M. de Watelet (dir.) Gérard Mercator cosmographe, Anvers, Fonds Mercator et Paribas, 1994, p. 317-333.

Cité par Monique Pelletier, Cartographie de la France et du monde de la Renaissance au Siècle des lumières. Disponible en ligne : http://books.openedition.org/editionsbnf/1062?lang=fr#ftn3

A l'instar des moines qui le précédaient, Robert Gaguin célébrait le pouvoir du roi des Francs, Charles VIII, par une comparaison flatteuse avec Jules César. Face à cette volonté d'affirmer l'existence d'un nouvel "état national" que fonderait Charles VIIIL, se dresse un épineux problème à résoudre. En effet, à cette époque, le Jura des Séquanes ne fait pas partie du royaume Franc. Localisé en Franche-Comté actuelle, en vert sur la carte ci-dessous, le Comté de Bourgogne et l'Artois sont restitués à Maximillien d'Autriche :

 - 50  : la Gaule de Jules César

  gaules.jpg

1500 : la France de Charles VIII

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Pour que la comparaison entre Charles VIII et Jules César soit pertinente, il a fallu déplacer Alesia d'une grosse centaine de kilomètres plus à l'ouest, du bon côté de la frontière.

C'est à ce prix que le roi des Francs devint le nouveau bâtisseur de l'unité de son royaume (la France en gestation mais qui ne verra définitivement le jour qu'avec Louis XIII dans les années 1633), à l'image du nouvel ancêtre qu'il s'était choisi.

 

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LE DEBAT,Alésia: la bataille continue

Frank Ferrant, Benoît Bertrand Cadi, Laurent Olivier, Alain Houpert


Diffusé le 20/11/2010. Durée : 43 minutes.

By publicsenat

 


LE DEBAT,Alésia: la bataille continue by publicsenat

 

De la création du "barbare" par un élu "burgonde"

 

A partir de la 14ème minute, le débat problématise la  définition du "barbare." Les participants admettent que la conception commune du "sauvage" est un mythe grotesque.

Alain Houpert, décrit le mythe fondateur de la nation française, figée par Napoléon III autour de la figure héroïque du Vercingétorix. L'élu bourguignon en vint à prétendre que le "barbare" est un attribut caractérisant les peuples au de-là du Rhin et les distingue des civilisés "Gaulois."  Ici le mensonge recourt à la diffamation. De réputés "Germains", auraient attaqué Rome, sauvée in extremis par les fameuses oies du Capitole ! Je conseillerais à l'élu bourguignon de vérifier auprès des membres du club de rugby de Brive-la-Gaillarde s'ils considèrent Brennus comme un barbare germain !

Les échanges culturels entre états voisins sont innombrables. Les contacts entre les individus et les familles sont constants. Vercingétorix ayant par exemple,  fait ses "études" à Rome."

il faudra se demander, en suivant une logique d'une guerre entre les clans de l'oligarchie romaine,  à quel point le Vercingétorix, cette énigme dont le nom a été gommé des pages du temps, aurait pu servir, d'une façon coordonnée, les intérêts de Pompée dans la guerre qui l'opposait à César.

Le discours des intervenants prenant part à l’émission de publicsenat, peut laisser effectivement entendre que ce mystérieux Vercingétorix, réputé fils du roi d’Arverne, traité de hors-la-loi par César, ne fût qu’un agent provocateur de l’étranger, chargé d’assurer le lobbying en faveur de Pompée, unifiant les tribus antagonistes autour de pots-de-vin généreusement distribués...

 

La conquête militaire impose sa définition "gauloise" au nouveau territoire qu’elle vient de délimiter. La Gaule prend naissance par la conquête. Eut-elle été unifiée par la résistance du Vercingétorix, alors il faudrait encore y voir les agissements de l’étranger.

Il ne préexiste aucune réalité d'une limitation géographique correspondant à l'étendue d'une administration de la Gaule.

Il y a un existentialisme des territoires conquis, c'est par leur conquête qu'ils deviennent "nation."

En gommant cette mythologie d'une identité territoriale par essence et préexistant à sa "conquête", on effacera l'apparence "national" du phénomène historique. Il s'imposera alors comme une lutte des classes, opposant une oligarchie internationale à un Tiers-Etat réduit techniquement à une dimension plus locale. 

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Repères chronologiques:

CONQUÊTE ROMAINE DES GAULES

 

— 475 environ  Deuxième Âge du fer : culture de La Tène.

Début du ive siècle avant notre ère  Les troupes du Gaulois Brennus prennent la ville de Rome.

Fin du iiie siècle-début du iie siècle avant notre ère  Conquête de la Gaule cisalpine (Italie du Nord) par les Romains.

À partir de — 125  Conquête de la Gaule transalpine (actuels Languedoc et côte d'Azur) par les Romains.

— 59  Loi confiant à César un grand commandement proconsulaire sur les Gaules et l'Illyrie.

— 58  Victoires de César sur les Helvètes en Bourgogne et contre les Germains d'Arioviste en Alsace.

— 57  Victoires sur la Sambre et sur l'Aisne contre les Celtes belges.

— 56  Victoire navale contre les Vénètes en Bretagne ; conquête de l'Aquitaine.

— 55  Expéditions au-delà du Rhin et de la Manche.

— 53-— 52  Insurrection générale menée par Vercingétorix ; victoire des Romains à Alésia en — 52.

— 51  Rédaction des Commentaires sur la guerre des Gaules par César.

 

Xavier LAPRAY, « CONQUÊTE ROMAINE DES GAULES - (repères chronologiques)  », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 9 avril 2015. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/conquete-romaine-des-gaules-reperes-chronologiques/

César le conquérant de la Gaule

Ajoutée le 17 mars 2014 par ramazan ucar

 

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Falaise indécise                        Hôpital gris                              Lanterne rouge

                                              Mouettes fluviales

Ville rasée                                Ville pilée                                 Ville concassée

                                              Ruines générales

Oiseaux maritimes                    Vols examinés                          Émigrants divers

                                              Teintes hivernales

 

                                               Retour au pays

                                               petite magie

                                               l’odeur de l’absinthe

                                               Il passe parfois

                                               dans les rues éteintes

                                               un fantôme lourd

                                               de plaintes

Vols examinés                           Villes émigrées                          Vols séquanes

                                               Teintes hivernales

 

 

Raymond Queneau. Morale élémentaire. 1975

 

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Source des cartes :

source : http://www.royalement-votre.com/cartes/1500s.jpg

 source : http://www.cosmovisions.com/histGaule.htm

source: https://www.alesiajura.fr/histoire.html#img_544

Bibliographie et sitographie :

Centre d’étude et de documentation sur l’Alésia jurassienne

https://www.alesiajura.fr

Danielle Porte : L'imposture Alésia, l'imaginaire de l'archéologie. 2010

https://books.google.cz/books?id=ONKySvJNzvAC&printsec=frontcover&dq=l%27IMPOSTURE+AL%C3%89SIA&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiJuaTh9rPUAhWJI8AKHVwNCnsQ6AEIJjAA#v=onepage&q=l%27IMPOSTURE%20AL%C3%89SIA&f=false

Site de Jean-Pierre Picot  :

http://www.alesia-retrouvee.fr/

25 archéologues répondent aux défenseurs de « l’Alésia » du Jura :

http://linteati.hypotheses.org/77

 

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Première mise en ligne: 23/8/2012-  Dernière mise à jour : 30/7/2018

 

 

 

 

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